Le pin a plus d’ennemis qu’on ne le croit

Je vous propose d’embarquer dans une petite suite à « L’ennemi du pin » publié sur ce blog il y a peu.

Non que je veuille – à l’image des feuilletonistes du XIXe siècle me lancer dans une histoire à suivre et sans queue ni tête, mais cet été caniculaire m’a permis de découvrir un sympathique dévoreur de mélèze et d’élucider le mystère des amas de « cocons » sur les rameaux des pins sylvestres et mugo.

Il Etait une fois …

En 1988 mon père planta un minuscule Pinus Mugho « Pumilio » qui, 25 ans plus tard mesurait 1,85 m.  C’est sur cet arbre que j’ai découvert les tenthrèdes du pin et ce que j’ai d’abord cru être leur parasite.
En effet, certains rameaux de l’année dont les aiguilles étaient dévorées se trouvaient entourés d’un manchon de petites pelotes agglomérées .

Acantholyda hieroglyphica dégats IMG_8701

Cela pouvait passer pour des cocons d’une guêpe parasite de la nombreuse famille des ichneumons. D’ailleurs, j’ai photographié tout à côté un hyménoptère très actif qui trottait sur les rameaux .

Acantholyda hieroglyphica larve IMG_8699

Il me semblait quand même un peu trop costaud pour sortir de si petits cocons, mais je laissai là cette question.
Tous les ans je partais à la chasse à la tenthrède du pin tout en laissant sur les rameaux les étranges manchons de cocons.
Lorsque j’ai trouvé les mêmes cocons sur des jeunes Pinus sylvestris qui poussaient en pleine terre pour se fortifier le tronc, j’ai commencé à m’interroger.

Après les questions, l’action : l’examen des « cocons » révélait qu’il s’agit d’un fourreau de soie entrelacée de petits amas de ce qui ressemblait à des excréments de chenille. D’ailleurs, la cache abritait une larve semblable à une chenille (photo 3) qui fort dérangée par mes investigations commença par excréter un joli « cocon » vert pâle qui brunit au contact de l’air.
La boucle était bouclée, la fausse chenille finit avec ses semblables dans le gésier des poules familiales.
Quelques recherches plus tard, tout devenait lumineux. Il s’agit d’une autre thentrède qui vit elle aussi sur certains pins mais de manière non grégaire : Acantholyda hieroglyphica (Christ) la Lyde ou Pamphyle du pin.

Biologie

Les adultes volent en mai-juin par des températures égales ou supérieures à 20°C. La femelle – un bel insecte coloré de noir et de jaune ressemblant à une guêpe – pond ses œufs à la base de la chandelle qui vient de se développer.
La pondeuse sait reconnaître un jeune rameau de l’année et plus spectaculaire encore, pond sur des jeunes pins de moins de 5 ans.
La larve éclot deux semaines plus tard et tisse son cocon : le fameux fourreau de soie qui va se remplir de petites crottes brunes à mesure qu’elle dévore les aiguilles de l’année.
Selon la météo saisonnière, elle termine sa croissance fin juillet, début août. Elle quitte son fourreau pour descendre s’enterrer et se métamorphoser.
La larve que l’on ne voit pas est une fausse chenille verte à brun pâle, nantie de fausses pattes comme toutes les larves de thentrèdes.
Il n’y a en principe qu’une seule génération par an sous nos climats.

Traitement

Sur pré bonsaï et bonsaï le plus simple est de ramasser les cocons à la main, quitte à porter un gant de latex. Si le contact d’une être vermiforme vous répugne, utilisez une pince à bouts plats. Il est inutile et contreproductif de couper les rameaux atteints, ce serait les perdre.
On peut supposer qu’un traitement au pyrèthre puisse les éliminer, mais je n’ai pas essayé.
Enfin disons que, pour la culture du bonsaï, les larves se contentent d’une taille des aiguilles comme nous le ferions pour provoquer un bourgeonnement arrière, donc, tant que la lyde n’est pas trop abondante, je pense qu’on peut cohabiter avec elle.

Confusion

En parcourant le web, j’ai lu qu’il s’agissait de chenilles de la processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa). C’est évidemment faux d’un point de vue scientifique, cette dernière espèce est un lépidoptère, pas un hyménoptère[1].
De surcroit, les larves de processionnaires mesurent jusqu’à 4 cm, sont dodues, colorées de blanc et de rouge sur fond noir. Elles sont couvertes de poils urticants, grégaires et construisent des nids de soie en haut des rameaux de pin, nids particulièrement visibles.

Je vous déconseille formellement de vous approcher de ces nids comme des chenilles qui ont la faculté de se débarasser de leurs poils. Cet animal est dangereux pour l’homme et pour la végétation. Il fait l’objet de mesures de destruction en sylviculture.
Il n’y a aucune chance pour qu’un de vos bonsaï soit attaqué. En effet, le site Observation.be ne recense aucune apparition en Belgique et nous pouvons espérer échapper à ce ravageur qui ne supporte pas notre climat frais, voire vivifiant.
Autre discussion qui me laisse perplexe, constatant la présence de Acantholyda hieroglyphica certains prônent l’élagage des branches atteintes et leur éradication par le feu.
A mon sens, couper une branche qui va bourgeonner  à la prochaine pousse est inutile et nocif pour l’arbre comme pour son esthétique. Quand à passer les rameaux au bûcher, c’est un peu comme tuer les moustiques au missile sol air.

Résumons-nous…

Les pins sont une cible de choix pour au moins deux espèces de thendrèdes:

  • La Thentrède du pin (Neodiprion sertifer) peu visible à l’état adulte, vu la petite taille des imagos, se détecte facilement au stade larvaire. En effet, ses fausses chenilles sont très visibles jeunes car grégaires et animées de mouvements de défense saccadés. Cette espèce ne construit pas d’étui de soie sur les rameaux dont les larves dévorent les aiguilles. Les dégâts sur des bonsaï peuvent être sévères.
  • La Lyde du pin (Acantholyda hieroglyphica) est plus visible au stade adulte sous forme d’une petite guêpe à la taille épaisse. La larve solitaire se camoufle dans un étui de soie collé au rameau de l’année et garni de crottes sèches et brunes.

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Elle dévore les aiguilles de la chandelle qui a poussé au printemps. Sur bonsaï sa dangerosité reste une question de point de vue et de situation des branches attaquées.

LH

[1] Pour fixer les idées et comparaison n’est pas raison, il y a autant de distance entre ces deux ordres d’insectes qu’il y en au sein des mammifères entre un cochon et une taupe.