L’ennemi du pin : la tenthrède

Larves grégaires de Neodiprion sertifer sur Pinus mugo

Larves grégaires de Neodiprion sertifer sur Pinus mugo (cliché de l’auteur)

Avec la fin du printemps, reviennent sur vos pins de curieuses bestioles que les non-initiés prennent pour des chenilles  qui pratiqueraient un genre de break-dance collectif dès qu’on les approche.
Double erreur, elles ne dansent pas mais cherchent à vous berner et ce ne sont pas des  chenilles. Il s’agit de larves d’un hyménoptère dont les adultes ailés passent en général inaperçus.

Comme je ne veux ni vous énerver, ni vous endormir par un long exposé en vous situant ces charmantes bestioles dans le règne animal, je vais me limiter à l’essentiel.
Ces fausses chenilles sont les larves de la tenthrède du pin (Neodiprion sertifer), une cousine éloignée des guêpes, fourmis, abeilles et autres bourdons. Ce groupe d’hyménoptères ne présente pas la fameuse « taille de guêpe » caractéristique des autres hyménoptères (les Apocrites et Térébrants[1])

Contrairement aux vraies chenilles, notre imitateur porte des fausses pattes sous tout l’abdomen : il n’y a pas d’espace entre les 3 paires de vraies pattes et les petits bourrelets charnus en forme de ventouses que l’on nomme « fausses pattes ».
Ces insectes sont nommés « mouches à scie » car l’ovipositeur des femelles n’est pas modifié en dard piqueur comme chez les abeilles ou les guêpes.

Il a gardé sa fonction initiale : enfoncer les œufs dans des tissus végétaux. Les adultes ne présentent pas de rétrécissement entre le thorax et l’abdomen (la taille de guêpes). Le mâle est noir et porte des antennes en peigne assez remarquables, tandis que la femelle, un peu plus grosse, est rousse d’où son  nom commun de lophyre roux.
Les œufs éclosent fin avril, début mai. Des larves minuscules et particulièrement mimétiques au milieu des aiguilles de pin en sortent. Mais vous repèrerez très vite leur présence aux rameaux glabres et désaiguillés qui apparaissent sur vos arbres.

Sur un Pinus sylvestris de 10 mètres de haut, les dégâts sont supportables pour l’arbre… Sur un bonsaï dont vous nanifiez les aiguilles depuis quinze ans et où chaque rameau est le résultat d’une longue sélection, l’issue sera fatale. Donc vous faites une crise.

Crise dont la hargne est proportionnelle à la taille des fausses chenilles, car plus elles grandissent et plus elles dévorent. Heureusement, leurs mécanismes de défense instinctifs vont vous permettre de les contrer.

Dérangées, les larves font des mouvements saccadés de la tête et du thorax. Sans aucun doute de quoi perturber le cerveau d’un merle. Mais notre encéphale hypertrophié perçoit immédiatement l’agitation et repère leurs mouvements de twist. Ajoutez un instinct grégaire lors des premiers stades larvaires et les voici identifiées, puis perdues.

Si vous n’êtes ni naturaliste distingué, ni Jaïniste, la solution s’appelle pulvérisation d’une solution aqueuse à base de pyrèthre.

Surtout, surtout,

  • Pulvérisez au crépuscule lorsqu’abeilles et bourdons ne volent plus
  • Traitez lorsque les larves sont encore grégaires et de petite taille
  • Respectez la dose inscrite sur le mode d’emploi ! Doubler la dose ne tue pas deux fois plus vite mais pollue deux fois plus et vous coûte deux fois plus cher
  • Enfin aspergez jusqu’au moment où le produit ruisselle sur la plante

Si, naturaliste et disciple de Jean-Henri Fabre ce massacre ne vous plaît guère, optez pour l’exfiltration. Secouez donc la végétation des pins attaqués au-dessus d’une toile cirée (1). Débusquez les fausses chenilles demeurant accrochées avec une baguette de bambou aimablement fournie par le restaurant chinois du coin.
Tandis que votre récolte se tortille sur la toile, faites-la glisser d’un mouvement rapide et sec dans un bocal à large col. Refermez la prison provisoire. Il vous reste à trouver, une pinède à quelques kilomètres de chez vous ou relâcher vos prisonniers.
Cette méthode peut sembler extravagante, mais dans un pays où le nombre d’espèces d’insectes diminue de manière catastrophique, il me semble indécent de recourir à l’extermination chimique si d’autres solutions sont possibles.

LH

(1) Un vieux drap ou un sac poubelle conviennent du moment qu’ils sont de couleur claire.

[1] Pour les entomologistes en herbe, les Apocrites comprennent les abeilles, les  bourdons, les chrysidés, les guêpes et les fourmis. Les Térébrants regroupent tous les ichneumons et les « mini-guêpes » parasites.

Cycle de vie de la tenthrède du pin

Grégaires au sortir de l’oeuf, les larves ont tendance à s’éparpiller dans la ramure au fur et à mesure qu’elle muent et grossissent. Aux deux derniers stades larvaires elles vivent seules ou par paires. A ce stade, elles se tiennent au repos figées parallèlement à une aiguille de pin, si leur mimétisme les protège, les rameaux défoliés attestent de leur présence.

 Elles se nymphosent alors sous forme de petits cocons. Astuce suprême elles collent sur l’enveloppe des vieux sacs à pollen restés accrochés aux rameaux de l’année. Facilement repérables les cocons peuvent êtres retirés facilement des branches à la main. Mésanges et poules s’en régaleront.
A l’automne les imagos éclosent et se reproduisent. La femelle est un insecte ressemblant à une guêpe qui court nerveusement sur les bouquets d’aiguilles. Elle pond quelque 6 à 8 oeufs par aiguilles et peut infester environ 10 à 12 aiguilles. Elles choisissent des aiguilles de l’année sur des rameaux terminaux. Les pontes passent l’hiver et le cycle continue.
L’insecte attaque surtout les pins sylvestres, mugos, Pinus densiflora et les nombreuses sous-espèces de Pin noir.
Les tenthrèdes sont parasitées par une “mouche” dont l’asticot dévore les larves. Jusqu’ici ce parasite était inconnu de l’entomofaune belge, mais la base d’observation de Natagora signale sa présence chez nous. Ce diptère porte ses ailes en forme de deltaplane de part et d’autre de l’abdomen au repos. Elles sont membraneuses et le bord supérieur est bordé de noir.
Pour être complet, il existe une autre espèce de tenthrède Diprion pini dont les larves sont de couleur claire et la tête rousse. Comme l’indique le nom d’espèce la plante nourricière appartient au genre Pinus. L’insecte compte jusqu’à trois générations par an.