Vive le Vent ?

tempête

Le week-end du 20 novembre nous a réservé une belle tempête.

Les conditions météo idéales pour envoyer par terre un beau pin literati, lui dézinguer quelques branches auxquelles vous avez consacré des années de patience, sans parler de ce pot, si longtemps recherché et aujourd’hui réduit à l’état de tessons.

Quant au joli pommier ornemental acheté aux journées portes ouvertes d’un éminent spécialiste batave, malgré son pot profond, il s’est transformé en projectile qui termina son vol parabolique dans une taupinière.

Sauf si la calvitie vous a délivré des problèmes capillaires, il ne vous reste plus qu’à vous arracher les cheveux !
Vous voici donc au milieu de votre jardin de bonsaï, une poignée de cheveux dans la main droite et une zone douloureuse sur le cuir chevelu. Sans compter – c’est bien le mot – l’addition en Euros de ces merveilles que le vent a brisées.
Et ce n’est pas fini, d’autres tempêtes secoueront notre hiver. Aussi je vous propose trois solutions éprouvées pour éviter la casse et un double joker !

La position du Stylite

Pour les arbres exposés individuellement sur un socle, commencez par vérifier l’ancrage du support vertical et la solidité des fixations entre cette partie et le plateau horizontal sur lequel repose le bonsaï. Il serait dommage que arbre, pot et plateau s’arrachent pendant deux secondes à la gravité universelle pour finir par se fracasser au sol.

Cette précaution élémentaire autant qu’indispensable prise, assujettissez le pot au plateau grâce à deux sangles à cliquet [1] placées parallèlement. Il va de soi que le montage doit être bien serré, mais pas trop pour ne pas dégrader le pot. Pour les bonsaï « à quatre mains », inspirez vous des photos des collections des professionnels japonais et placez quatre sangles parallèles deux à deux.

Pas d’économie de bouts de chandelles : si vous ne placez qu’une sangle, l’arbre va glisser sous la sangle, partir tête la première et se retrouver entre le pot et le sol. Une manière de vérifier que l’équation newtonienne F=m*a provoque pas mal de casse !

A table !

Si votre collection s’expose sur des tables et que vous ne possédez que quelques arbres, attachez-lez à la table ; pour les supports en parpaings et dalles de béton, assujettissez aux dalles sur lesquelles les arbres reposent. SI vous avez opté pour une « ossature bois », utilisez la structure pour arrimer les pots.
La méthode présente un inconvénient : le budget sangles risque de rapidement devenir prohibitif pour des ustensiles que vous utiliserez trois ou quatre fois par an.
Avant de commencer, ici aussi contrôlez soigneusement les fixations des divers éléments du support entre-eux.

Surtout n’attachez jamais les arbres aux montants verticaux, le moindre mal se soldera par une écorce blessée. Les structures inspirées des framboiseraies avec un fil entourant les troncs sur quatre côtés sont dangereuses et inefficaces : soit le bonsaï passe en dessous, soit il s’empêtre dedans… et adieu les fines ramifications.

Mettre à la terre

Si votre jardin est loin d’une toiture dont les tuiles pourraient se transformer en redoutables missiles et qu’aucun arbre[2] susceptible de perdre de grosses branches, voire tomber tout entier au sol ne menace votre jardin, la solution la moins coûteuse et la plus simple consiste à déposer tous les arbres par terre sans autre forme de protection[3]. SI vous avez la chance de pouvoir les placer contre un mur sous le vent, la protection n’en sera que plus efficace.

Prévoyez éventuellement d’incliner les plus grands litérati en appuyant les pots sur un monticule de sable.

Jokers

Si la force du vent est raisonnable et que vous possédez une serre de jardin pour cultiver des tomates, rentrez tous les bonsaï  dans cet abri. La tempête est un phénomène violent, mais passager : les bonsaï  ne débourreront pas à la chaleur de la serre. Et oui, sans soleil, l’effet de serre ne jouera pas !
Les précautions énumérées plus haut en terme de solidité de la structure et de danger de chutes de tuiles s’appliquent aussi à la serre. Pensez à fermer les vasistas : ceci limitera la prise au vent et évitera leur arrachement.

Deuxième joker, vous n’avez pas de serre, mais bien une cave ou un garage relativement frais. Vous pouvez y placer tous vos bonsaï bien à l’abri du vent. Il faut juste veiller à ce que la température soit la plus fraîche possible et à les sortir une fois Éole calmé.

L’hypothèse de Druppy

Evidemment, si nous essuyons une phénomène comme celui de 1993 ou une tornade de la puissance de Lothar et Martin en 1999, peut-être que même le toit de votre garage prendra le large et que rien ne sauvera vos bonsaï.

Toutefois, pour les tempêtes hivernales et d’équinoxe situées dans la moyenne de notre climat, les solutions que j’ai détaillées sont toutes efficaces. Ma préférence allant au positionnement au sol.
Il ne vous reste plus qu’à vous muscler les bras : soulever tous ces pots et ensuite les briquer éclaboussés de boue et de débris de gazon demande un entrainement préalable sous peine de tendinites, lumbagos et autres pathologies douloureuses.

Luc HELEN

[1] On trouve des sangles relativement courtes auprès de certains fournisseurs en matériel apicole. Leur longueur est plus adaptée à nos besoins que les sangles de 7 m et plus vendues en grande distribution.

[2] Je parle ici de vrais arbres de plusieurs mètres de haut.

[3] Pas de bâche en-dessous : les coins risquent de s’ébattre au vent et de heurter un arbre